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L' Année du Dragon

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les avis de Cinemasie

7 critiques: 4.43/5

vos avis

30 critiques: 4.16/5



Arno Ching-wan 5 Grand millésime
Xavier Chanoine 4.25 Modernisme absolu
drélium 4.25 La Rage du Flic.
François 4.75 Enorme claque dans la gueule
Ghost Dog 4.25 Un polar qui a de la classe
Ordell Robbie 5 Dragon d'Or
Alain 3.5
classer par notes | date | rédacteur    longueurs: toutes longueurs moyen et long seulement long seulement


Grand millésime

Ayé, vu le BR & donc revu le film. En un mot : CINEMA ! Du coeur, de la maestria visuelle, sonore, tout ; y'a tout là-dedans. Me parlez pas du grain, tout ça : j'en sais rien, m'en fous, je suis rentré dans le film direct. Et putain mais quel scénario ! Quelle écriture ! Chaque scène est travaillée au poil de cul d'une asiatique imberbe.
Par delà ces évidences, le film est constamment traversé par des références comme par une rafale de pistolet mitrailleur. Tout une imagerie chinoise y est condensée, à tel point que le ciné HK lui-même aura du mal à s'en dépêtrer, encore maintenant ! Les Elections de Johnnie To renvoient à the year of the dragon ; son A hero never dies également le temps d'une poignée de mains de pontes de triades au fin fond de la pampa - scène qu'Oliver Stone avait d'ailleurs grosso merdo importée de Scarface, qui précède TYOTD de 2 ans. Blade Runner aussi nous cligne de l'oeil lorsqu'une prostituée en paillettes se fait dézinguer en pleine rue. Puis Infernal Affairs 2 - que j'adore - qui prolonge et varie plusieurs passages, et ces autres frères US qui perpétuent la lignée, comme du King of NY ou encore le très sympa Le corrupteur, qui cite d'emblée le film de Cimino à travers la chanson qui le clôture. Et d'aborder Chow Yun Fat me renvoie au charisme de folie que dégage Rourke ; c'est un peu CYF chez Johnnie To quoi, avec en plus des rôles féminins franchement formidables qui prennent tout leur sens sur une vision postérieure à la dernière en date de plusieurs loooongues années ! En cela que ce tout fantasmé n'en est plus un ; que tout est cohérent là-dedans, et qu'on en vient à chialer pour Stanley White comme pour soi-même, pour ce super pauv' mec qu'on est parfois un peu, qu'on aimerait incarner souvent en même temps qu'on y répugne. Toujours aussi puissant, ce film carrefour où tout s'y croise - y compris une bonne partie du casting de Jack Burton - continue de tourner à plein régime. J'en ai pris plein la tronche.

13 mars 2016
par Arno Ching-wan




Modernisme absolu

Plus de vingt ans séparent L'année du dragon et les soit disant bon polars américains que l'on trouve dans nos salles sombres au jour d'aujourd'hui. Vingt ans qui ne semblent que ridicules au vu de la densité absolue de l'oeuvre de Cimino, peut-être son meilleur film, du moins le plus brillant là où l'âge d'or du cinéma de HK allait prendre son envol de la plus belle des manières avec John Woo, et où Tsui Hark commençait déjà à faire ses gammes en tant que réalisateur. Lettre d'adieu au polar noir? Sans doute, car à part quelques pièces maîtresses du polar américain (au hasard, Les incorruptibles de Depalma en 86 et L'impasse en 1992), il n'y a guère grand chose à se mettre sous la dent depuis. C'est pourquoi L'année du dragon a quelque chose d'intéressant dans son approche travaillée et infiniment dramatique du polar classique et humain. Classique dans son intrigue car piochant à droite à gauche le meilleur mais à la fois le plus simple de ce que le polar US a déjà fait (démanteler un trafic de drogue, sous fond de violence urbaine) et humain dans le traitement des personnages avec leurs faiblesses et leurs forces, comme Mickey Rourke dans la peau d'un flic aux méthodes pas très catholiques (pourtant il semble être très croyant, paradoxal) à la fois minable, pathétique, raciste, mais touchant dans son parcours chaotique pour arriver à ses fins et remettre de l'ordre dans Chinatown, quartier de Manhattan aussi fascinant qu'incroyable culturellement.

L'oeuvre de Cimino n'aurait pas le même charme si traité ailleurs (identité du quartier, couleurs, saveur, odeur), ou mis en scène différemment (précision des cadres, caméra sur épaule pour souligner le chaos), c'est pourquoi tout respire la perfection bien que sa violence ne résonne pas qu'au bruit des feux. Une violence que l'on trouve en effet dans l'attitude des "blancs" n'hésitant pas à traiter le peuple chinois de "sales chinetoques" ou dans d'autres termes particulièrement rabaissant, comme si le souvenir du Vietnam traînait encore dans leur conscience, bien que n'ayant rien à voir avec tout ceci. L'année du dragon fait donc figure d'oeuvre importante d'un point de vue purement social, et importante aussi dans sa profondeur, son ambiance extraordinaire, véritable peinture des heures sombres des US (les meilleurs peintres d'époque étant De palma, Cimino et Leone) que l'on ne peut oublier ne serait-ce que par sa multitude d'images marquantes (l'ombre de Tracy Tzu dans son appartement avec en second plan le Manhattan Bridge de nuit, la confrontation entre White et Tai sur les rails en fin de métrage...) esthétisées sans jamais être vulgaires ou gratuites, il fut en effet un temps où le polar américain en avait encore sous le coude.



13 mars 2007
par Xavier Chanoine




Enorme claque dans la gueule

Autant au milieu des années 80 lorsque le film est sorti il pouvait presque paraître normal et donc juste excellent, autant le voir à nouveau en ces années de politiquement correct et de fabrication de film à la chaîne par Hollywood est une grosse claque dans la gueule. Pourquoi ? Parce qu'après des années de formatage par les blockbusters, on prend un plaisir incroyable à voir un personnage comme celui de Stanley White. Stanley White est arrogant, Stanley White est raciste, Stanley White a parfois tort, Stanley White représente tout ce qui est à la fois bien et mal avec l'Amérique, et @!#$ on aime ça. Et ce n'est pas le seul personnage complexe du film, les autres l'étant presque tout autant, notamment Joey Tai. Lequel est un parfait contrepoids asiatique à l'icône américaine qu'est White, offrant ainsi un choc des cultures tout à fait passionnant. Car c'est bien là qu'est tout l'intérêt du film, qui évite avec brio les poncifs et autres clichés qu'on aurait pu attendre d'un film américain parlant de Chinatown. L'Année du Dragon met en scène le choc entre la culture américaine toute jeune, représentée par son cowboy Stanley White, avec toutes ses nuances, son intégrité tout à fait louable ainsi que ses séquelles du vietnam, son arrogance, son courage. Face à cette amérique aussi grande que perfectible, l'Asie millénaire elle aussi montrée avec ses qualités et ses défauts, son respect des anciens et des héritages, mais aussi la lourdeur de ses traditions mises à mal par le jeune loup. Et au milieu Tracy Tzu, la chinoise-américaine symbolisant le marriage de ces deux extrêmes.

Outre cet aspect culturel brillamment construit par Oliver Stone, le film se montre très équilibré avec une réalisation très "brute" de Michael Cimino qui passe des grands espaces de la Porte du Paradis à un environnement bien plus fermé, qu'il n'ouvre que le temps d'un magnifique plan large lors du voyage de Joey Tai en Asie afin de mieux nous faire sentir l'étouffement de Chinatown. Mickey Rourke était à l'époque au sommet d'une carrière hélas tombée depuis dans l'oubli, John Lone réussissait l'exploit de lui tenir tête, alors que la toute débutante Ariane ne savait pas trop où donner de la tête face à ces grands numéros. Elle ne s'en est d'ailleurs jamais remise, sa carrière s'arrêtant quelques années plus tard. On pourrait à la rigueur trouver la musique bien en deça du reste, mais elle se montre moins importante dans un film aussi brute de fonderie que l'Année du Dragon, par opposition à des films plus épiques.

Au final, L'Année du Dragon est assurément un des plus grands polars des années 80 et de l'histoire au passage. Taxé à l'époque de racisme, le film serait tout simplement impossible à monter de nos jours, alors que paradoxalement, avec ses personnages racistes et aussi remplis de qualités que de défauts, il se montre moins racistes que la plupart des blockbusters actuels qui s'ils ne sont pas ouvertement racistes le sont finalement avec leurs montagnes de clichés bien plus insultant. A voir et à revoir régulièrement pour ne pas oublier qu'on peut faire des "gros" films sans tomber dans le produit aseptisé photocopié à la douzaine.

10 juillet 2005
par François




Un polar qui a de la classe

Dès les premières images, on sent que l’on va se trouver devant un grand film : un nouvel an chinois très coloré dans le Chinatown new-yorkais, du mouvement et des paillettes, et soudain l’apparition de Mickey Rourke, flic teigneux d’origine polonaise impeccable avec son imper et son chapeau couvrant des cheveux blancs volumineux, qui retient immédiatement l’attention. Personnage rebelle, justicier sans peur et sans reproche bien décidé à combattre le communautarisme et certaines traditions incompatibles avec l’Etat de droit américain, il incarne un héros moderne qui se délecte de l’adversité, fusse-t-elle d’une violence sans merci, avec un flegme et une détermination sans faille. Le spectateur a tôt fait de s’y identifier et de se régaler jusqu’à la conclusion de ses frasques toujours plus osées et à la limite de l’irresponsabilité. Mais on est le meilleur flic de la ville ou on ne l’est pas…

Au-delà du polar sombre et stylisé taillé dans l’écorce des plus réjouissants, L’Année du Dragon rappelle également que bien qu’on soit originaire d’un autre pays que celui dans lequel on vit, il y a des règles à respecter qu’on le veuille ou non, et que le respect des lois est le premier pas vers l’égalité des citoyens entre eux. Ainsi, les triades mafieuses importées de Chine n’ont par exemple rien à faire dans les rues de New-York. Les démagogues et les censeurs de tout poil auront beau crier au racisme (et ils ne se sont pas gênés à la sortie du film), ils auront toujours tort. Le mythe du rêve américain est aussi brillamment traité : entre un Stanley White et une Tracey Tzu qui ont basé leur réussite professionnelle sur une intégration totale de toutes les spécificités américaines, et un Joey Tai qui mise sur l’ancestralité et la violence des traditions chinoises pour pousser gentiment les hauts dignitaires mafieux de sa communauté afin de prendre le pouvoir, 2 aspects entièrement opposés de cette course effrénée vers la gloire sont confrontés. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette confrontation est riche en émotions et en suspense…



12 septembre 2003
par Ghost Dog




Dragon d'Or

En 1985, Cimino est au plus bas, le magnifique la Porte du Paradis s'étant pris un bide mémorable après son remontage par les studios, entrainant la faillite des Artistes Associés. Episode offrant l'opportunité aux Producteurs de reprendre le pouvoir à Hollywood après la décennie de l'auteur roi. Le film dut de plus subir en son temps un accueil critique désastreux. Néanmoins, Cimino aura encore la force de livrer son dernier classique, l'Année du Dragon, film marquant à plus d'un titre. Cimino suscitera de nouveau la controverse, se faisant taxer de racisme alors que son film est très loin du cinéma d'autodéfense et d'un manichéisme proaméricain.

L'Année du Dragon est d'abord un film charnière parce qu'il est à la fois le dernier souffle d'une vision du polar classique portée à incandescence par les cinéastes américain de l'age d'or seventies et une oeuvre annonciatrice d'un age d'or cinématographique qui commence cette année-là: l'age d'or du cinéma de Hong Kong qui fera de l'ancienne colonie britannique la nouvelle référence de la grammaire cinématographique du polar. Paradoxalement, c'est ce film taxé de racisme anti-chinois outre-atlantique qui fut avec Scarface un catalyseur de la mode du polar au Box Office hongkongais. La superbe scène finale dans le port servira d'ailleurs à John Woo d'inspiration pour le final de son Syndicat du Crime inaugural. S'ils sont filmés de façon classique et non opératique, les canardages semblent portés par l'apreté de la lutte psychologique Joey Tai/Stanley White et figurent parmi les plus intenses de l'histoire du cinéma américain. Quant à la chanson sirupeuse de la première scène du restaurant Stanley White/Tracey Tzu, alors qu'elle semble à ce moment-là ironique vu que les deux se regardent de haut, elle joue un role annonciateur de leur future passion. Si Woo est un cinéaste baroque là où Cimino est un héritier de clacissisme, reste que tous ces éléments créent une sorte de passage de témoin.

Et paradoxalement c'est le déplacement du film en Asie pour échapper à l'étouffement newyorkais qui lui fait trouver un sens fordien des grands espaces et un lieu hospitalier pour l'ampleur classique de Cimino, faisant du film durant un court instant un western dans la nature là où il était auparavant un western urbain. Du coup, le film est autant américain en Asie qu'hongkongais avant la lettre à New York et devient du coup une incarnation de la circulation des idées cinématographiques entre Hong Kong et Hollywood à venir, une circulation où un cinéaste influencé par Cimino (la scène du grand banquet en Asie avec Joey "sortant du chapeau" une tete coupée aurait pu figurer dans la réponse tardive de Woo à Deer Hunter) changera la façon dont Hollywood filme les scènes d'action.

Mais comme tous les meilleurs Cimino l'Année du Dragon est d'abord un grand film sur l'Amérique et ses mythes fondateurs: Tracey Tzu incarne à sa manière la façon dont certains asiatiques ont pu réaliser le reve américain; par son désir d'étendre son empire mafieux en s'appuyant sur les régles des anciens pour les détourner à son profit Joey Tai incarne également une aspiration à ce reve-là. Quant à Stanley White, il est une sorte de Travis Bickle qui aurait su tirer son épingle du jeu en surmontant son traumatisme vietnamien et en réussissant dans la police meme s'il est mal aimé parce qu'il porte dans son caractère irascible les séquelles de son passé, séquelles que son parachutage à Chinatown amplifie de nouveau. Stanley et Joey se ressemblent d'ailleurs sur un point: outre qu'ils appartiennent à deux minorités (polonaise, chinoise) il s'agit dans les deux cas de personnages qui veulent atteindre leur objectif en faisant des vagues, l'un par le défi lancé aux vieux parrains, l'autre en brisant les arrangements et la loi du silence régnant sur Chinatown et en mobilisant toutes les ressources possibles (soeurs missionnaires pour les écoutes, agent infiltré).

Et la traque de Stanley se fait au mépris des vies humaines et surtout de sa vie intime: sa femme ne supporte plus le peu de considération pour les sacrifices faits pour lui, son infidélité avec Tracey et SPOILER Stanley ne comprendra cela qu'une fois qu'elle aura été tuée, le meurtre intervenant précisément au moment où le couple est au bord de la rupture FIN DU SPOILER; meme dans sa relation avec Tracey les vieilles querelles ressurgissent parce que le professionnel se met à annexer l'intime. Néanmoins, Stanley n'est pas totalement détestable et ce pour deux raisons: l'interprétation d'un Mickey Rourke à son sommet qui donne au personnage sa part d'humanité et le fait qu'il ne soit pas un vulgaire revanchard type Rambo deuxième du nom mais un être qui veut sonder au travers de l'histoire des triades et des minorités asiatiques aux Etats Unis -la discussion du début sur les chemins de fer- et de sa passion pour Tracey son rapport d'amour/haine à l'Asie pour tenter de l'exorciser. SPOILER Sauf que l'obsession de Stanley le mènera à la chute et à un point de non-retour. Le final du film qui reprend les choses là où elles avaient commencé, dans un défilé de rue, est magnifique d'humanisme vu que Stanley retrouve les bras de Tracey Tzu à terre, plein de regrets, mais reconnaissant à la loyale sa défaite devant l'autre. FIN DU SPOILER

18 ans après, l'Année du Dragon est toujours à la hauteur de l'onde de choc qu'il suscita en son temps. Ni Cimino ni Mickey Rourke ne s'en sont remis, nous non plus. Ces deux-là ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes mais ils auront au moins été un temps l'incarnation d'une certaine idée du cinéma américain vénérée par la cinéphilie hexagonale.



19 mai 2003
par Ordell Robbie


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